vendredi 14 janvier 2011

Explication de texte : Louise Labé, Sonnets, VIII, 1555


Explication de texte : Louise Labé, Sonnets, VIII, 1555

INTRO

Ø  Sonnet VIII (recueil de 23 sonnets), publié en 1555                                                                        Particularité = femme qui écrit l’amour, toute autre vision de la chose car ce sont les hommes qui ont fixé les grands codes amoureux, ainsi sonnet qui dit l’amour différemment et remet en question les topoï établis
Ø  Nous sommes donc bien face à un sonnet amoureux + omniprésence de l’érotisme (à l’époque impensable qu’une femme puisse s’épancher sur cet aspect)
Ø  Mais nous verrons qu’une étude attentive permet de prendre conscience que ce sonnet est marqué par une importante polysémie et que ses significations peuvent être multiples
En quoi ce poème peut-il être, au-delà de l’expression des contradictions amoureuses, le témoignage rigoureusement organisé d’une souffrance existentielle ?

1er quatrain
« Je vis, je meurs : je me brûle et me noie »
Ø  On remarque la présence du pronom personnel « je » = premier mot du 1er vers ce qui est annonciateur d’un sonnet centré sur la personne du narrateur + pronom relatif « me » qui marque encore davantage cette caractéristique
Ø  2 antithèses amplifiées par la parataxe qui crée un parallélisme (vie/mort chaud/froid)
Ø  Effet produit par ces procédés = mise en valeur de l’inconstance
Ø  Parataxe qui provoque un effet cyclique = vers qui semble mettre en évidence une règle immuable
Ø  Intensité des sensations, « je me brûle et me noie » = tentative de développement de « je vis, je meurs »
·         « je me brûle » : chaleur extrême = mobilisation exacerbée des sens = vie
·         « je me noie » : idée de perte (la mort) mais aussi d’un dépassement = se noyer dans un tourbillon sensoriel, sensations trop nombreuses qui deviennent étouffante (perte de contrôle de soi) et engendrent la panique

 Hypersensibilité du poète et ouverture sur la notion de perte de contrôle sous l’accumulation des sensations, on peut y voir également l’idée de la vie qui se consume, l’usure provoquée par le temps (règle immuable à laquelle on ne peut échapper)

« J’ai chaud extrême en endurant froidure »
Ø  « je » qui ouvre à nouveau le vers = insistance sur le fait que Louise Labé écrit un poème centré sur sa personne
Ø  A nouveau opposition chaud/froid
Ø  Adjectif qualificatif « extrême » + verbe « endurer » = amplification des sensations ressenties
Ø  Utilisation du gérondif (« en endurant ») = qui marque la simultanéité de deux états à priori opposés = confusion + idée réaliste selon laquelle le contact de la peau avec une matière extrêmement froide s’apparente à une sensation de brûlure = paradoxe qui  sert à exprimer le flou de l’état d’âme du narrateur mêlé à une mobilisation sensorielle totale et intense
Ø  Le gérondif souligne le fait que le narrateur est passif (subir, impuissance)

La vie m’est et trop molle et trop dure
Ø  « la vie » met en évidence le fait que ce poème peut avoir une portée existentielle, n’être finalement pas centré uniquement sur la relation amoureuse
Ø  Nouvelle opposition mollesse/dureté = pas de juste milieu (vie soit sans saveur et terne, soit soumission à des émotions aussi fortes que contradictoires) idée de plainte, ce peut être une connotation érotique (processus biologique du sexe masculin)
Ø  Parallélisme + construction binaire du vers (répétition de la conjonction de coordination « et ») qui rejoint le flou de l’âme identifié précédemment (ou quand le parallélisme sert à exprimer le désordre, chose que l’on retrouve tout le long du poème
J’ai grands ennuis entremêlés de joie
Ø  Fin du premier quatrain = confusion progressive des oppositions sensorielles qui aboutie à une perception temporelle complexe
Ø  « entremêlez » = confusion de Louise Labé, difficulté éprouvée par Louise Labé à clarifier l’enchaînement incessant des états psychologiques complexes, du coup elle se base par rapport à la norme avec le jeu des oppositions, ici c’est le verbe entremêler qui assure une nuance

2ème quatrain
Tout à un coup je ris et je larmoie
Ø  « je » deux fois
Ø  Précipitation du temps, intensité plus forte
Ø  Nouvelle opposition rire/pleurer
Ø  Toujours idée des émotions contraires qui fusionnent en des émotions complexes qui sont à l’origine d’un malaise généralisé
Et en plaisir maint grief tourment j’endure
Ø  Exacerbation du sentiment contradictoire qui anime Louise Labé de manière permanente
Ø  « maint » souligne la complexité de la notion de plaisir ainsi que de celle de la souffrance = notion qui appartiennent à la norme, le plaisir se mêle à la souffrance et les mots ne suffisent pas à expliquer la sensation engendrée (ce peut être une des visées de ce sonnet = mettre en évidence l’impossibilité de trouver les mots pour dire dans certains cas)
Ø  « endurer »=incapacité à faire autre que subir, idée d’abandon à son sort ou d’un manque de volonté (connoterait plaisir sensuel, érotique ?)

Mon bien s’en va et à jamais il dure
Ø  Opposition s’en aller et durer
Ø  Polysémie de « bien » = 3 sens : simple fait de posséder/bien être/amant
Ø  Absence de l’amant mais omniprésence des sentiments de Louise Labé, il n’y a qu’elle qui est mise en valeur (poème par elle-même pour elle-même)
Ø  « à jamais » = idée d’éternité : instants ponctuels qui semble pouvoir enfermer l’éternité + force du souvenir qui prolonge les instants vécus
Tout en un coup je sèche et je verdoie
Ø  « tout en un coup » = simultanéité
Ø  « sécher » = idée d’infertilité que l’on peut associer à un état quasi léthale, sensation de fuite, d’évaporation de l’essence vitale (fin des sensations qui peut s’apparenter à une mort momentanée de l’être jusqu’à sa renaissance (comparaison implicite entre les états psychologiques et les saisons cf. de l’hiver = sécher au printemps = « verdoyer »)
Ø  « verdoyer » = contraire : fertilité = la nature représente la vitalité de l’existence
Aspect cyclique de l’existence tant dans l’enchaînement des émotions que dans le cycle de la vie, de la mort jusqu’à une possible renaissance.
1er tercet
Ainsi amour inconstamment me mène
Ø  Vers 9 = volte=rupture
Ø  Après les 2 premiers quatrains qui constituent une description, tentative d’explication
Ø  Adv. « ainsi » = idée de fatalité, introduction d’une explication
Ø  « Amour » comme coupable de tous les maux, polysémie du terme (amant, amour de façon générale, plusieurs amants ou dieu Amour)
Ø  « inconstamment » (adv.) peut signifier :
·         Inconstance des sensations ressenties en amour (palette sensorielle indéfinie, variation tant dans le plaisir ou la douleur ressenties que dans l’intensité des émotions
·         Inconstance de Louise Labé qui confierai son côté volage et une difficulté à résister à la tentation du plaisir charnel au lecteur
Ø  « me mène » = dénote d’une attitude passive face à l’amour, « Amour » peut être une personnification volontaire de l’amour et des sensations qui l’accompagne par lequel Louise Labé aurait été séduite de manière irrévocable (cf. dieu Amour = Cupidon, fils de Vénus = Eros)
Ø  Allitération en M : effet produit = retranscription du laisser-aller
Et quand je pense avoir plus de douleur
Sans y penser je me trouve hors de peine
Ø  Vers qui semble dépendre l’un de l’autre : décalage entre la perception sensorielle et la perception temporelle illustré par l’usage de la subordination
Impossibilité de capter l’instant précis ou l’état d’esprit change = instant entre le « je pense » et le « sans y penser » comme un étourdissement qui peut modifier tout le ressenti, l’état d’esprit de l’être.

Puis, quand je crois ma joie être certaine,
Et être en haut de mon désiré heur
Ø  « mon » / « ma » = possessifs (poème centré sur elle-même)
Ø  Réciprocité = malheur jusqu’à apaisement de malheur jusqu’à la joie puis enfin le malheur (vers 10/11/12/13) = aspect cyclique à nouveau
Ø  « certaine » dénote une forme d’emportement dans l’expression du narrateur
Ø  « être en haut » = lueur d’espoir
Ø  « désiré heur » = aspiration profonde (l’amour sans la souffrance, le bien-être intérieur)
Il me remet en mon premier malheur
Ø  Le vers 14 provoque la relecture du poème = aspect cyclique qui confirme la sensation d’oppression  qui envahie le narrateur (« malheur » rime avec le premier hémistiche du premier vers)
Ø  Le fait que ce poème soit cyclique tant dans son expressivité que dans sa structure crée une sensation d’emprisonnement et transcrit la régularité du mal de Louis Labé
Ø  Paroxysme de l’antithèse atteint avec la rime de « heur » et « malheur »

      Outre la description des sensations contradictoires que l’amour lui fait ressentir, Louis Labé exprime de façon implicite dans ces deux tercets une véritable volonté de compréhension et se livre à une introspection qui dépasse le seul cadre des rapports amoureux. Ainsi, tout en laissant volontairement transparaître le sentiment d’impuissance qui l’anime, elle s’interroge sur la nature des mécanismes par lesquels ses émotions sont régies, et met en évidence comme une force supérieure guidant les êtres qu’elle ne peut qu’effleurer et qu’Amour personnifie.


CONCLU
Ce sonnet est bel et bien centré sur l’amour et ses contradictions incessantes auxquelles Louise Labé ne se cache pas d’être incapable d’échapper. Le jeu des antithèses permet de mettre en valeur la sensualité qui accompagne l’amour, l’aspect érotique de la chose. De plus ce sonnet est construit sur de multiples parallélismes et un aspect cyclique dont la relecture provoquée par le dernier vers constitue le paroxysme. Cela dit, ce poème est uniquement centré sur le ressenti de son narrateur, en témoigne l’usage continue du pronom « je » et des possessifs. De plus, si Louise Labé s’adresse à l’Amour qu’elle érige comme grand coupable de sa souffrance, l’amant est absent du sonnet. Ainsi, outre la description des désordres amoureux, Louise Labé semble se livrer de façon implicite à une introspection de son être qui dépasse le seul cadre des rapports amoureux. Ainsi, tout en laissant volontairement transparaître le sentiment d’impuissance qui l’anime, elle s’interroge sur la nature même de ses émotions et met en évidence l’existence de mécanismes dont elle ressent les effets sans en connaître l’origine.

samedi 1 janvier 2011

L’inquisition espagnole

Introduction :
Selon Voltaire, l'Inquisition était « une invention admirable et tout à fait chrétienne, pour rendre le Pape et les moines plus puissants, et pour rendre tout un royaume hypocrite », En effet, on définit communément l'Inquisition comme un tribunal ecclésiastique chargé de réprimer les hérésies : aussi bien les opinions que les actes condamnés par l'Église de Rome. Ces hérésies peuvent prendre des formes très diverses. L'Inquisition est mise en place par le Pape, qui en assume donc la responsabilité. Cependant, l'Inquisition espagnole se démarque des autres : bien qu'elle ai été instaurée par le Pape Sixte IV, il n'en tire que peu de bénéfices. Elle est effectivement mise en place à la demande des rois catholiques d'Espagne: Isabelle de Castille et Ferdinand d'Aragon, qui l'ont détourné en un instrument du pouvoir royal, politiquement soumis à la couronne. Officiellement elle a duré de 1478 à 1834. Néanmoins on limitera l'étude à la fin du règne de Philippe II, en 1598. Lorsque l'Inquisition est initiée en Espagne, la péninsule ibérique regroupe plusieurs minorités religieuses. L'objectif de l'Inquisition espagnole a été d'unifier le pays sous la bannière du catholicisme. Mais il convient de se demander si cette volonté d'unité religieuse n'était pas plutôt un prétexte pour une discrimination raciale vis à vis des juifs et des conversos, dans la mesure ou ils furent les premières cibles de l'Inquisition. De plus, elle a également tenu un rôle d'unification entre les deux royaumes les plus puissants d'Espagne : la Castille et l'Aragon.

I/ L'avènement de l'Inquisition, la recherche d'une unité à deux visages
A - Une volonté d'unité religieuse ?
. 1 . Un contexte religieux instable
La péninsule ibérique renferme 3 religions monothéistes : christianisme/judaïsme/islam.
Les maures sont présents en Espagne depuis 711 ; après la reconquête chrétienne (du XIème au XVème siècle), certains musulmans décident de rester ; ceux qui s’établissent en Castille sont appelés les Mudéjares ( vient de l’arabe « mudayyan » qui signifie pratiquant).
Dans l’ensemble, bonne entente entre ces 3 religions, Juifs moins bien intégrés cpdt que les Musulmans.
Forte émulsion intellectuelle, artistique et scientifique grâce à l’apport des connaissances mauresques, les savants et érudits viennent de toute l’Europe pour étudier dans les bibliothèques de Grenade, certains croisés y font une halte de plusieurs années en revenant des croisades. Ce monopole de la connaissance est mal vu par le Saint Siège, car il favorise la tolérance envers la religion musulmane.
Péninsule ibérique divisée en plusieurs royaumes qui cohabitent difficilement : Navarre/ Vielle Castille au Nord, Grenade au Sud, Aragon/ Valence/ Catalogne à l’Ouest, Nouvelle-Castille au Centre, Estramadoure à l’Est.
Avant qu’Isabelle de Castille ne monte sur le trône, c’est son père Henri IV (surnommé « l’Impuissant » qui règne sur la Castille de 1454 à 1474. Isa épouse Ferdi le 7 mars 1469. Celui-ci ne monte sur le trône d’Aragon que 10 ans plus tard. Dès lors les 2 monarques manifestent leur volonté d’unifier le royaume sous la bannière du christianisme.
Les historiens datent la prise en main de l’Espagne en 1492, date à laquelle la reddition de Grenade est signée par le prince Boabdil (de son vrai nom Abu ‘Abd allah, règne sous le nom de Muhammad XI, boabdil est un surnom donné par les occidentaux), qui après avoir régné sur la ville de 1486 à 1492, s’expatrie au Maroc. C’est la chute du dernier bastion mauresque en Europe. Les mosquées sont transformées en églises ( par exple : église de Cordoue), les minarets en clochers ( par exple : la Giralda à Séville ).
. 2 . Le christianisme en crise : cause principale de l'émergence de l'Inquisition
Le clergé délaisse ses fidèles pdt guerres/ épidémies/ famines.
Pour remédier aux diverses formes d’hérétisme, mise en place de l’Inquisition.
L’Espagne a déjà été le théâtre d’une Inquisition, qui débute au XIIIème siècle. S’y distingue l’inquisiteur général d’Aragon, Nicolas Eymerich, qui publie en 1376 le Directorium Inquisitorium qui énonce les règles de l’Inquisition, et qui sera largement réutilisé lors de la 2nde inquisition au XVIème.
Pour Eymerich, l’hérétisme est une forme de secte accueillant des chrétiens ayant mal interprété le dogme de l’Eglise. La traduction en langue vulgaire de la Bible et sa diffusion par l’imprimerie favorise cette forme d’hérétisme.
1478 : bulle papale Exigit sincerae devotionis rétablit l’Inquisition en Espagne.
1483 : Isa de Castille reçoit la responsabilité du St Office par le Pape, qui n’en assume donc plus la responsabilité.
1494 : le Pape décerne à Isa et Ferdi le titre officiel de « Reyes Catholicos » (càd « Rois catholiques »).
L’Inquisition est une éponse à une crise de la religion chrétienne romaine. Les rois catholiques apparaissent comme les restaurateurs de cette chrétienté en péril, au sein de leurs royaumes.
Cpdt, si la raison officielle de l’Inquisition est la volonté de remettre sur le droit chemin les hérétiques, certaines raisons officieuses sont à prendre en compte
B - Un instrument de répression sociale et raciale
. 1 . Un contexte social emprunt d'une ségrégation
Une véritable discrimination raciale a pris place, ou plutôt a été accentuée, et l'Inquisition pourrait donc être également un instrument pour expulser les minorités et ne conserver que les chrétiens espagnols dits ''purs'' .
Les juifs et les nouveaux convertis ont été les plus majoritairement touchés. En effet : 91,6 % des personnes poursuivies par le St Office de Valence avant 1530 sont des crypto-judaïsants, et 99 % pour Barcelone.
Il y avait en effet en Espagne, malgré un certaine tolérance pour la vie commune entre les différentes minorités, un sentiment montant d'antisémitisme.
Dès le 7ème siècle on retrouve des traces de pogroms, qui montrent que les juifs dés cette époque ont été persécutés. Le sentiment d'antisémitisme n'est donc pas particulier à la période de l'Inquisition moderne en Espagne et a en quelque sorte toujours été présent.
Par ailleurs les juifs étaient mis à l'écart, et il y des marques d'une certaine ségrégation dans beaucoup de villes d'Espagne : les juifs vivaient entre eux, dans des quartiers qui leurs étaient propres et même dans leur ''vie professionnelle'' si on peut employer ce terme, cette mise à l'écart se retrouve car ils occupaient tous des places plus ou moins similaires, qu'ils monopolisaient ( c'étaient des travaux souvent financiers ou médicaux, urbains). Cette ségrégation devient officielle en avril 1480 : les Cortès (Grands parlements d'Espagne) ont tenu une assemblée à Tolède, et, au cours de cette session, ils ont voté l'obligation pour tous les juifs d'habiter dans des "ghettos" et ils ont rendu également obligatoire le port du "cercle rouge" cousu sur l'épaule de tous les juifs non convertis qui leurs interdisait l'accès à certains endroits ou certains commerces avec les vieux chrétiens (ex bancaires). Cette mesure marque officiellement une mise à l'écart des juifs à la fois socialement : ils sont ''fichés'', dans leur habitat : contraints à habiter dans des ghettos, et professionnellement puisqu'ils n'ont pas le droit de faire leur travail avec tout le monde.
Ces signes d'une mise à part de plus en plus radicale des juifs de la société chrétienne qui s'affirme et qui va de pair avec un sentiment antisémite grandissant, annoncent ou peuvent prédire, une séparation imminente et sûrement violente ( le sentiment d'antisémitisme étant associée à une haine contre les juifs). Les rois catholiques étant au pouvoir, les chrétiens dominent et radicalisent leur position vis à vis des juifs. Ce sentiment d'antisémitisme a donc favorisé le fiat que l'inquisition ai principalement recherché les juifs mais on va également voir qu'il y avait une autre raison : en effet les juifs, et les anciens juifs nouvellement convertis (les conversos) représentaient de plus en plus une menace pour l'aristocratie espagnole.
. 2 . une classe moyenne menaçante
La population juive d'Espagne a finit par représenter une vaste et puissante ''classe moyenne'' en Espagne.
Ils forment à eux seuls une classe particulière car ils se regroupaient presque tous dans des domaines similaires : donc comme dit plus haut : le médical ( par ex tous les nobles entretenaient un médecin juif) , la finance,...
Les juifs habitaient dans les villes, ils étaient une population urbaine, et leur gain croissant de profit les a amené à devenir pour la haute aristocratie et la souveraineté espagnole une menace : les juifs cumulaient de plus en plus de richesses et de pouvoir au sein de la société. C'est donc dans l'activité financière qu'on trouve la principale raison de l'hostilité envers les juifs, (ils occupaient les postes financiers de la couronne jusqu'à leur expulsion).
Les juifs qui étaient déjà une menace, deviennent encore plus problématiques pour les vieux chrétiens dés lors qu'ils ont été contraints au baptême : de nombreuses mesures discriminantes envers les juifs antérieures aux rois catholiques, les avaient amenés à se convertir de force. Il vient donc se rajouter au problème des juifs le problème des conversos (= les nouveaux chrétiens récemment convertis).
Il y a donc un nombre croissant de conversos, celui explose après l'Édit de 1492 qui officialise l'expulsion des juifs et oblige les juifs à choisir entre partir ou se convertir à la religion catholique. Mais ils ne pouvaient partir qu'avec très peu de bien et beaucoup de familles juives ont été contraintes au baptême parce qu'elle ne pouvaient pas se permettre financièrement de quitter le pays.
Conscients que la majorité des conversions étaient faites de force, les chrétiens ont conservé la méfiance qu'ils avaient pour les juifs contre les conversos.
Les conversos étaient en effet très souvent et dans la plupart des esprits associés aux anciens juifs : tout d'abord parce que beaucoup l'étaient, ensuite parce qu'ils occupaient les même places dans la société, le même habitat urbain, avaient les même activités,... Ces conversions apparaissaient donc de plus en plus factices, et de nombreux conversos pratiquaient des rites juifs en cachette et certains nourrissaient même une haine grandissante contre la religion catholique. L'élimination d'un problème (= celui des juifs) en a suscité un autre, encore plus difficilement contrôlable parce que clandestin, : celui des conversos.
Ceux ci sont devenu les cibles principales de L'inquisition : ils commettaient une hérésie en trahissant la religion catholique, et le mouvement d'antisémitisme ne s'arrête pas et perdure contre eux, malgré qu'ils ne soient plus juifs.
Pourtant on peut se demander s'il n'y a pas une stratégie des rois catholiques pour éradiquer définitivement le problème juif : l'inquisition étant un tribunal ecclésiastique, il n'a de pouvoir que sur les individus de confession catholique. Jusqu'à leur expulsion et leur massive conversion en 1492, l'Inquisition ne pouvaient pas user des ses pleins pouvoirs contre eux.
Avec ses conversions forcées ils deviennent la cible idéale car ils ne respectent pas la religion catholique qu'ils ont pourtant juré d'adopter : ils en deviennent des hérétiques. On peut donc se demander si ce n'était pas un ruse pour assurer à la population espagnole une unité ''raciale''.
De plus les juifs, une fois convertis n'avaient plus de remparts sociaux et avaient investit les sommets de la société ibérique, se plaçant ainsi en compétition directe avec les vieux chrétiens pour les places influentes. Ils ont ainsi infiltré toute l'aristocratie espagnole, et presque toute la population pouvait se réclamer de sang conversos. Le « danger conversos » se fait donc plus menaçant encore pour la noblesse et la souveraineté espagnole : en effet, les nobles ne pouvaient plus se réclamer comme authentiques vieux chrétiens et ne peuvent plus prétendre a une authentique noblesse. De plus ils représentaient une menace pour les intérêts et des idéaux de l'Espagne de la reconquête (Reconquista) et de l'hégémonie des classes aristocratiques.
L'inquisition aurait donc été instaurée en réponse à cette menace, mais on peut également se demander si ce n'était pas officieusement pour assurer une pureté de la noblesse espagnole.

transition : Après s'être interrogé sur les causes et les objectifs de l'Inquisition, il convient maintenant d'étudier les moyens mis en œuvre pour les appliquer. Ces moyens sont révélateurs de la violence dont a fait preuve l'Église à l'encontre des infidèles et des hérétiques, mais également d'une stratégie visant à alimenter le sentiment d'insécurité de la population.

II/ Une inquisition totale, la population instrumentalisée par les administrations
L'inquisition était totale dans la mesure ou elle s'est appuyé à la fois sur les divers tribunaux du pays et sur la population espagnole.
A - Les institutions de l'Inquisition
L'inquisition s'est fondée 2 principales institutions : le tribunal principal le : Consejo de la Suprema y General Inquisicion, plus communément appelé Suprema et sur le personnage de l'inquisiteur.
. 1 . La justice polarisée dans les tribunaux
Le plus important était le Suprema. Il y avait donc une centralisation du pouvoir, car celui ci commandait à tous les autres tribunaux permanents ou temporaires disséminés dans le pays. Les tribunaux étaient installés à l'endroit et au moment ou le besoin se faisait sentir. La première installation majeure de tribunaux en Espagne s'est déroulée en 1482, après la découverte de nombreux hérétiques à Séville.( 14 tribunaux péninsulaires et 2 insulaires. On voit néanmoins un répartition inégale, car les plupart des tribunaux permanents se trouvaient en Castille). Au sommet Il y avait donc la Suprema et ensuite les tribunaux permanents. Au départ ils n'étaient pas obligé de rendre compte de tout ce qui se déroulait dans les tribunaux et les provinces au Suprema, ce qui avait engendré des dérives. Les tribunaux de provinces étaient au minimum composés de 2 inquisiteurs, d'un assesseur,et un procureur. Les membres de la Suprema étaient nommés par le roi, et nommaient ensuite les inquisiteurs provinciaux : le tribunal a par conséquent finit par ne dépendre que du roi, qui contrôlait les nominations et les traitements. Les souverains ont tout fait pour garder le pourvoir inquisitorial entre leurs mains, et le pape n'avait donc qu'un très faible contrôle de l'Inquisition espagnole. Les rois ont également réussi a obtenir du pape que tous les religieux, hormis les évêques, soient soumis aux inquisiteurs. Cette augmentation du pouvoir inquisitorial met en place une sorte absolutisme spirituel dans l'Église. Si bien qu'à la fin du règne de Charles Quint (qui succèdent à Ferdinand) le tribunal de l'Inquisition est invulnérable, au dessus de toute menace.
. 2 . Le statut d'inquisiteur : le monopole de la puissance
Dans les tribunaux, ceux qui appliquaient le loi inquisitoriale étaient les inquisiteurs. Ils étaient un des piliers de l'inquisition dans la mesure où ils étaient ses représentants à travers le pays entier. Les premiers inquisiteurs nommés, par l'État, en 1480 étaient Juan de st Martin et Miguel de Morillo. Il faut distinguer les Inquisiteurs du Grand Inquisiteur : les inquisiteurs sont nombreux et soumis au ordre de l'unique Grand Inquisiteur, qui est également à la tête du Suprema : il y a donc une autorité unique à l'Inquisition. En effet, malgré le pouvoir du Suprema, il apparaît que le Grand Inquisiteur avait une autorité absolue sur l'Inquisition et pouvait se déjouer du Suprema dans le cas où les avis divergeaient.
Le grand Inquisiteur est donc une figure majeure de l'Inquisition dont le premier a occuper le poste a été Tomas de Torquemada. C'est aussi le plus célèbre et celui qui reste en mémoire quand on parle des grands Inquisiteurs d'Espagne. Celui avait été nommé en 1483 à la tête de la Suprema, avec 7 autres Inquisiteurs. C'est sûrement celui qui a fait le plus pour l'instauration de l'autorité de l'Inquisition, malgré qu'il soit lui même issu d'une famille de nouveaux chrétiens. Il était de plus, confesseur de la reine Isabelle depuis l'enfance de celle ci et confesseur du roi après leur mariage, il avait donc un position des plus influente sur la couronne espagnole, et dés lors on peut se demander si ce n'est pas lui qui aurait été à l'origine de l'instauration de l'Inquisition en Espagne. De 1483 à sa mort, en 1498, Il a donc été le grand Inquisiteur et aurait condamné à lui seul : 9000 personnes au bucher, 300 000 à l'emprisonnement et plus d'un million de personnes auraient été bannies (Chiffres approximatifs : il est dur de savoir réellement, c'est donc pour donner une idée de l'ampleur). Torquemada n'avait pourtant pas les pleins pouvoirs pendant son règne, car le pape (Alexandre VI) avaient nommé en 1494 quatre évêques à ses cotés. Ce n'est qu'à partir de 1516 que les Grands Inquisiteurs peuvent gouverner seuls sur l'Inquisition. Les inquisiteurs ont donc été très importants dans la mise en place, la continuité et l'organisation de l'Inquisition. De plus on peut dire qu'ils monopolisaient presque à eux seuls le pouvoir de l'Inquisition. C'était également un statut enviable, car ce poste assurait un certaine sécurité, qui n'était pas assurée à tous en période d'Inquisition, et était rémunéré (pourtant certains ont profité des biens confisqués aux personnes jugées par le tribunal).
Mais l'Inquisition en s'est pas uniquement appuyée sur les inquisiteurs et a également beaucoup usé des mouvements populaires et à donc en quelque sorte instrumentalisé la population à son profit.
B – Selon l’historien Bartolomé Bennassar, l’efficacité de l’Inquisition repose sur la « pédagogie de la peur »
. 1 . La « loi du silence » autour des tribunaux
La peur est alimentée par le secret maintenu autour des tribunaux et de leurs moyens d’investigation. L’objectif que voulaient atteindre les inquisiteurs, c’était l’aveu de l’hérésie par l’accusé : tout était donc mis en œuvre pour obtenir cet aveu.Tout au long du procès, la présomption de culpabilité pèse sur les épaules de l’accusé : c’est à lui de prouver qu’il est innocent, et non aux inquisiteurs de prouver qu’il est coupable. Les accusés sont maintenus en prison parfois pdt des mois ou des années, sans avoir été informés du motif d’accusation, sans pouvoir voir leur famille, sans connaître le nom des personnes qui témoignent contre eux au procès. Cet isolement affaibli les accusés, et malgré de meilleures conditions de détention que dans les prisons civiles, il y a beaucoup de suicides dans les prisons de l’Inquisition. Ils font face à une difficulté de taille : se défendre d’un crime dont ils ignorent la nature, se défendre de personnes dont ils ignorent le nom.
Lors de la monition, la 1ère phase du procès, l’accusé est libre de se défendre, mais c’est un exercice périlleux, puisqu’il ne sait pas de quoi il est accusé.
Puis il est soumis à la question, autrement dit à la torture. Cpdt la torture n’était pas aussi répandue qu’on ne le croie : elle n’est pas systématique, et n’a été utilisée que dans 10% des procédures (on ne torture pas pour les blasphèmes) ; en 1518, le Cortès de Castille, réuni à Valladolid, a également promulgué l’interdiction d’innover en matière de torture. De plus, des médecins doivent assister aux séances et les interrompre s’ils jugent que la vie de l’accusé est en danger. L’accusé est libéré s’il résiste à la torture.
L’accusé doit toujours jurer de garder le secret sur son absence et son arrestation. Les méthodes d’investigation du St Office sont donc méconnues de la population.
La majorité des procès reposent sur des délations : celles-ci sont encouragées par le St Office. La méfiance est instituée au sein de la population, La société devient donc tout à fait inquisitoriale.
. 2 . Les sentences
Elles jouent un rôle très fort dans la peur exercé par le St Office.
En 1578, dans son Manuel des Inquisiteurs, Francisco Pena rappelle que « la finalité première du procès et de la condamnation à mort n’est pas de sauver l’âme de l’accusé mais de procurer le bien public et de terroriser le peuple. »
Lors des autodafés ( les actes de foi, en portugais), les accusés se réconcilient avec le reste de l’Eglise en abjurant publiquement leurs erreurs . Ces autodafés sont de véritables spectacles, terrifiants pour ceux qui y assistent, et humiliant pour ceux qui y participent. Ces derniers doivent marcher en procession, vêtus de sanbenitos, des tuniques jaunes avec une croix rouge (éventuellement noires s’il y a condamnation à mort), pieds nus avec un cierge à la main.
Lors des autodafés, les condamnés à mort sont brûlés sur un bûcher. Parmi eux, on compte aussi des défunts, jugés hérétiques par contumace, soit qu’ils soient morts en prison, soit que le St Office soit allé déterrer leur corps.
L’humiliation continue même après l’autodafé. Ceux que l’on appelle les réconciliés doivent porter leur sanbenito dès qu’ils sortent de chez eux.
Les sanbenitos, tuniques de pénitence, mais également tuniques d’infamie : la mémoire de l’infamie perdure : les sanbenitos sont accrochés au vu de tous dans les églises avec le nom de leur propriétaire, et leurs descendants sont frappés « d’inhabileté », càd d’incapacité civile (interdiction de porter bijoux/armes, de monter à cheval, d’exercer des fonctions publiques). Cette mesure date de 1484 : elle vise à exclure de la vie publique les descendants des conversos.
De son côté, la population était obligée d’assister aux autodafés, et chaque 3ème dimanche de carême, les prêtres énoncent l’Edit de foi (description physique de l’hérétique) et incitent les fidèles à la délation des personnes soupçonnées d’hérétisme.
On note aussi qu’avant 1500, le St Office laisse à la population un « temps de grâce » pendant lequel chacun peut s’auto-dénoncer en tant qu’hérétique, et ainsi être assuré de la clémence du tribunal.
transition : L’image des tortures et des autodafés alimentent la légende noire de l’inquisition. Mais malgré son efficacité initiale, l’Inquisition s’est rapidement essouflée avec la raréfaction des populations dites infidèles.

III/ L'Inquisition, un instrument politico-religieux en échec ?
A - Des débuts prometteurs
. 1 . Le rôle joué par l'Inquisition dans l'unification des deux royaumes
L'inquisition a premièrement eu un rôle dans l'unification des deux royaumes les plus puissants d'Espagne, déjà rapprochés par le mariage en 1469 de Ferdinand et Isabelle. Ces royaumes étaient auparavant gouvernés par des personnes différentes, avec des politiques différentes, et on ne pouvait pas vraiment parler d'une Espagne unifiée à l'époque. L'Inquisition a eu un rôle dans la mesure ou elle était un des seule institutions ou structure à avoir un pouvoir à la fois sur la Castille et l'Aragon, elle s'étendait en effet sur toutes provinces dépendantes de la couronne. Torquemada est le premier homme à avoir eu un pouvoir sur toute l'Espagne à la fois. De plus, l'Inquisition et les valeurs qu'elle supporte, ont entrainé la création qu'institution qui apportaient une unité nouvelle au pays : en 1480, lors des Cortès de Tolède, il avait été créé plusieurs conseils communs aux deux royaumes, qui n'existaient donc pas auparavant. Par ailleurs, sous l'Inquisition ils ont agit dans une politique commune : la défense de la "vraie" religion contre les infidèles et hérétiques, avec un esprit de Croisade, ce qui unit les Chrétiens entre eux. Philippe II a également accordé à ce conseil la prééminence sur tous les autres. Toutes provinces sont donc placées au même niveau par rapport à l'Inquisition. C'est dans ce sens que l'on peut dire que l'Inquisition aurait eu un véritable impact quant à l'unification et à une certaine unité du royaume. Pourtant, cette unité ne semble pas être complète et les royaumes de Castille et d'Aragon on gardé des particularités propres : ils ont en effet des conseils indépendants, et ils conservent en plus leurs lois, qui ne sont pas à l'échelle nationale. Il a eu de plus une certaine résistance à l'Inquisition en Aragon où les conversos étaient très ancrés dans l'aristocratie. Et il ressort finalement une partie de l'Espagne dressée contre l'autre.
. 2 . Un objectif religieux atteint presque totalement
L'inquisition était également apparu prometteuse car elle avait dénichée bon nombre de faux convertis, d'hérétiques donc, ce qui prouvait qu'elle avait une justification et remplissait le rôle qui lui était assigné. Qu'ils soient officiels ou officieux, les objectifs de l'Inquisition semblent en effet avoir été atteints : la majeure partie de la population juive a en effet ''disparu'' de l'Espagne. Et dans ce cas la population était réduite aux catholiques, comme le désirait l'Inquisition dès son origine.
Quelques chiffres qui montrent l'impact de l'Inquisition sur la population espagnole de l'époque : selon les sources les chiffres donnés peuvent être assez différents et il est donc assez dur de trouver ceux qui seraient les plus proches de la réalité. En effet, Llorente, un espagnol contemporain de l'Inquisition annonce qu'il y aurait eu 31 912 brulés en personnes, 17 659 brulés en effigie, 291 450 encourant des peines sévères, ce qui ferait au total 341 021 victimes. Pourtant ces chiffres ont été contredit ensuite par d'autres historiens. D'autres prétendent qu'ils y aurait eu plutôt un chiffre se rapprochant de 350 000. Ainsi il y a de nombreuses estimations mais toutes différentes. Les historiens d'aujourd'hui semblent plutôt penser que le nombre des victimes ai été inférieurs, et les précédents auraient surtout été calculé en fonction d'une probabilité plutôt que la réalité exacte.
B – A terme, un système confronté à ses limites
. 1 . Des divergences persistent au sein de la péninsule ibérique
En 1502 puis en 1526, les rois catholiques imposent aux mudéjares le même choix qu’aux juifs : l’expulsion ou le baptême. Les mudéjares se convertissent massivement. Ces nouveaux chrétiens sont appelés morisques (moriscos en espagnol). Mais ces derniers pratiquent des contres-rites après les offices chrétiens, comme le baptême ou l’eucharistie, et continuent à pratiquer leur ancienne religion, à suivre le ramadan par exple. Ces morisques qui continuent à pratiquer leur ancienne religion sont appelés les crypto-islamistes.
Le 25 décembre 1568, les morisque se révoltent et profanent les églises. Les historiens appellent cette révolte le soulèvement des Alpujarras, autrement appelée la Guerre de Grenade. Cette révolte est sévèrement réprimée par l’armée, menée par don Juan d’Autriche.
L’Espagne a intériorisé un ennemi puissant : les morisques sont accusés de soutenir l’empire turc ottoman, qui représente pour l’Espagne au XVI la principale menace musulmane. De plus, les maures sont des agriculteurs hors pairs, ce sont eux qui mettent au point le système d’irrigation du royaume de Valence, et qui maintiennent la bonne économie du royaume d’Aragon. Les grands seigneurs aragonais intercèdent en faveur des morisques poursuivis par le St Office, ce qui est un moyen de montrer leur indépendance vis-à-vis de la couronne, et qui révèle les dissensions entre Aragon et Castille.
Les morisques représentent 1/5 de la population en Aragon et 1/3 de la population à Valence.
Le St Office ne convertit pas par conviction religieuse, mais sous la menace, et établit avec les espagnols un pacte hypocrite : ceux qui ne parviennent pas à donner le change, à agir en société comme des chrétiens, sont punis.
L’expulsion définitive des morisques en 1609 marque l’échec d’assimilation de cette partie de la population.
. 2 . Un essoufflement à partir de 1530 : à la recherche de nouveaux hérétiques
Vers 1530, le nombre de procès impliquant des judaïsants a baissé de plus de moitié. En 1495, la répression concernait à 98% des conversos, contre 37% seulement en 1525.
L’opposition entre vieux et nouveaux chrétiens est remplacée par une opposition entre bon et mauvais chrétiens : c’est désormais toute la société qui est sous surveillance, et non plus uniquement les conversos.
Les nouveaux hérétiques : - les luthériens – les illuminés (alumbrados en espagnol) : pratiquent une religion intériorisée, les laïcs peuvent faire office de maîtres spirituels, les femmes peuvent officier : ils représentent une menace pour le clergé, l’Eglise discrédite ce mouvement en attribuant aux illuminés la folie, la bêtise et la sorcellerie ; la répression est accrue entre 1520 et 1530 – apparition de nouveaux chefs d’accusation : la sodomie (vise particulièrement les homosexuels) et la bestialité (vise les bergers ayant des relations avec leurs bêtes), qualifiés de « crimen nefado contra natura » (= crimes abominables contre nature) – l’arrivée de Philippe II au pouvoir s’accompagne d’une augmentation de la répression de l’hérésie mahométane : alors qu’en 1495, les morisques ne représentent que 1% de la répression, ils représentent 34% de la répression en 1598 à la fin du règne de Philippe II – en 1563, la bulle Pontifex Maximus du pape Pie V autorise les inquisiteurs à poursuivre évêques et prélats (comme par exple les prêtres « sollicitants », ayant violé des personnes venues à confesse) : l’inquisition est donc totale et la suspicion se propage au sein même du clergé.
Cette inquisition totale entraine le déclin de l’Espagne à l’aube du XVIIème : les Juifs payant plus d’impôts que les autres, leur disparition entraine une perte de revenus. Les Maures étant les seuls avec les Juifs à pouvoir être chirurgiens (profession interdite aux chrétiens qui croient dans la résurrection de la chair, et ne peuvent étudier l’anatomie humaine par le biais des dissections), leur disparition entraine un accroissement des épidémies et de la mortalité. Enfin la censure de la littérature, et la prohibition de livres mis à l’index entraine une mise à l’écart de l’Espagne des grands courants de la pensée européenne.

Conclusion :
L'Inquisition s'est donc avérée très virulente en Espagne, mais seulement dans ses premiers temps, car comme on vient de le voir, elle a rapidement perdu, dès 1530, son sens et son efficacité. De plus, elle a essuyé plusieurs échecs dans sa traque des minorités, par exemple avec les morisques. Cependant elle a tout de même eut un fort impact sur l'économie espagnole : elle était en effet peu rentable, et elle a privé l'Espagne de la plupart de ses financiers. Elle a également freiné le progrès scientifique et intellectuel du pays, entrainant ainsi la fin de son attractivité culturelle. L'Inquisition espagnole ne prend fin qu'en 1834, sous la régence de la reine Marie-Christine. Elle n'était plus à cette époque que l'ombre de ce qu'elle avait été au XVIème siècle.